Portraits – Quand la jeunesse a investi EUDEC France

Plus le temps passe, et plus on voit des jeunes s’investir, travailler dans des écoles, voire fonder des projets, se rendre aux rencontres EUDEC France, prendre des responsabilités dans l’association…

Quand j’ai découvert l’éducation démocratique, j’étais en fin de lycée, la première école française n’avait pas encore ouvert. Je me suis beaucoup interrogé sur l’engagement et la position qu’on pouvait avoir en tant que jeune pour porter ce mouvement, dans un âge où l’on sort de l’adolescence (en ayant souvent vécu/subi une éducation classique) et où l’on n’a pas forcément encore une expérience « adulte » (vie professionnelle, parentalité, etc).

Cinq ans plus tard, je me sens complètement intégré et engagé, je me suis constitué mon expérience, et autour de moi beaucoup de membres issus de ma génération s’engagent dans l’association. Alors j’avais envie de célébrer ça en présentant cinq portraits, cinq points de vue, cinq parcours de membres qui ont entre 20 et 24 ans.

Propos recueillis par Pierre-André et Maëlys.


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PIERRE

  • Comment est-ce que tu as découvert l’éducation démocratique ? puis comment as-tu débarqué dans EUDEC France ?

J’ai découvert l’éducation démocratique par hasard, à travers le livre de Céline Alvarez. C’était à un moment où j’étais en école d’ingénieur, et j’étais fortement engagé dans ma vie étudiante.

J’étais déjà très attiré par l’éducation puisque je voulais devenir ingénieur et prof de maths. A l’origine je ne concevais rien d’autre que le cadre de l’école publique classique pour exercer. Je crois que je voulais transmettre mon savoir essentiellement parce que je savais que la plupart des profs n’étaient pas assez bon et empêchaient les élèves de découvrir l’intérêt de beaucoup de matières. J’ai remarqué que, dans un cadre scolaire, j’agissais souvent pour les autres (associations, vie scolaire) et que j’avais une sensibilité qui m’amenait à me préoccuper du bien-être autour de moi.

J’ai découvert l’École à l’Envers lors que j’étudiais à Toulouse, puis j’ai fait un jour de formation à l’École Démocratique de Paris. Je n’ai pas pu aller à la Conférence EUDEC Europe à Paris en 2017, mais je suis allé au Forum Ouvert EUDEC France à Damville en décembre 2017, et à partir de là j’ai commencé à m’investir.

  • Tu as donc découvert l’éducation démocratique pendant ton cursus ? Est-ce que ça a modifié quelque chose dans ton rapport aux études ?

En fait, découvrir l’éducation démocratique m’a conforté dans mon comportement. J’étais très autonome et j’allais en cours juste pour avoir conscience des attentes, de ce sur quoi je devais être formé. Après je menais mes projets et j’apprenais de mon côté.

Ma prise de recul sur l’école était déjà existante, mais j’ai été conforté dans l’idée qu’on est vraiment tous des auto-didactes potentiels.

J’ai découvert les écoles en même temps que j’ai découvert le concept de salaire à vie de Bernard Friot. Et j’ai un peu hésité entre me dédier à cette cause ou bien à l’éducation démocratique, sachant pour moi qu’elles vont dans une direction commune. Le fait que j’ai choisi de me consacrer à l’éducation démocratique tient peut-être du fait que je considère cette philosophie éducative comme un prémisse au salaire à vie, et comme quelque chose de plus simple à mettre en place. En créant des structures d’éducation démocratique, on agit sur court, moyen et long terme. On éduque des enfants sur le moment, mais on façonne aussi à terme une société plus bienveillante, où se déconstruisent beaucoup de violences et de rapports de force à l’œuvre aujourd’hui.

  • Que perçois-tu de la conscience de notre génération par rapport aux questionnements éducatifs que l’éducation démocratique amène (liberté, autonomie de l’enfant, fonctionnement démocratique) ?

Je rencontre beaucoup de retours positifs. Mais généralement, les gens auxquels j’en parle n’aiment bien le concept que tant que ça reste un concept. Dès qu’on creuse un peu, on découvre beaucoup de peurs et de questionnements.

  • Tu es maintenant bénévole à l’École Démocratique de Paris et engagé dans EUDEC France. C’est quoi d’être un jeune engagé dans l’éducation démocratique ?

Je savais que je ne voulais pas avoir un poste classique d’ingénieur après mes études. Je cherchais une cause dans laquelle m’impliquer complètement. Les écoles démocratiques m’intéressaient mais j’ai mis du temps à me bouger, puis il y a eu un événement marquant dans ma vie qui m’a ébranlé et qui m’a amené à vraiment me lancer dans cet intérêt et profiter.

Aujourd’hui, en tant que staff bénévole dans une école démocratique, je me sens une bonne légitimité grâce à mes études d’ingé. Je suis content d’être un peu sorti des clous et d’affirmer que je peux faire ce qui me plaît.

 


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MAËLYS

  • Comment est-ce que tu en es arrivé à l’éducation démocratique et que tu as découvert EUDEC France ?

Je voulais devenir prof dans l’éducation nationale à l’origine, mais mes expériences en stage ont été plutôt déconcertantes. Je me sentais à ma place car je travaillais avec des enfants, par contre je ne me sentais pas du tout à l’aise dans le rapport sachant-apprenant, dans l’autorité disciplinaire.

Je me suis intéressée à plein d’écoles alternatives en général, puis en me perdant sur internet, j’ai découvert les écoles démocratiques. J’ai fait une immersion courte à L’Envolée (école en région de Lyon), et depuis je dois dire que l’éducation démocratique m’obsède un peu ! (rires) – C’est Alexandra qui m’a parlé d’EUDEC France. On fait nos études ensemble, et elle travaille aussi dans une école démocratique à Lyon. (voir interview plus bas, NDLR)

Je suis allée au Festival de l’école de la Vie, et je suis restée longtemps au stand EUDEC France. J’ai eu des discussions super intéressantes avec Youri et Sébastien de l’école Pétillante, notamment sur la question de l’inégalité sociale dans l’accès à l’éducation hors-contrat. J’étais initialement assez réticente par rapport à la dimension privée-payante des écoles, puisque j’avais pour objectif de bosser en REP (Réseaux d’Éducation Prioritaire). J’en suis ressortie assez convaincue que même en ouvrant une école alternative hors-contrat, tu contribues déjà en bien au développement d’une cause éducative comme l’éducation démocratique. Et il s’avère que les enfants inscrits dans ces écoles n’ont vraiment pas des origines sociales aussi homogènes qu’on l’imagine. Mais dans mon utopie de vie, je conserve l’idéal de créer une école comme ça dans des quartiers !

Bref, dans la continuité de tout ça, j’ai vu que se présentait cette rencontre EUDEC France à Chambéry, et j’ai eu envie de venir !

  • Tu es en Master 1 de sciences de l’éducation n’est-ce pas ? Comment ça se passe de porter des idéaux comme les tiens dans ce milieu universitaire ?

C’est cool, je suis à Lyon-2 et la plupart des profs sont ouverts. On a un prof spécialisé dans les grandes controverses éducatives qui s’est intéressé à l’éducation démocratique à partir du moment où nous lui en avons parlé. En parallèle de mon mémoire, je me penche sur la question « Doit-on scolariser ses enfants dans une école démocratique ? », et ce professeur nous accompagne dans nos recherches.

Je pense vraiment qu’on a beaucoup de chance d’avoir dans cette fac des profs ouverts qui ont une vision de la collaboration étudiants – profs, comme d’une relation entre apprenants plutôt  comme d’un rapport vertical.

  • C’est quoi tes plans maintenant ? Après ton Master ? Tu veux t’investir dans un projet d’école ?

Pour l’instant je suis très concentrée sur mes études, mais j’ai très envie de faire un service civique en école démocratique ou bien une immersion. Quand j’entends des retours d’expériences de tous les projets qui existent, je prends conscience que les problématiques sont très très différentes selon les lieux, et ça m’intéresse beaucoup !

Je me vois pas monter une école maintenant, ce serait trop d’investissement… Mais à terme dans la vie, oui j’ai trop envie !

  • Quels sont les retours de tes amis sur l’idée d’éducation démocratique ?

Je crois que c’est surtout vu comme un truc de babos-hippies. Les gens ne sont pas fermés pour autant. Après des premières réactions en mode « c’est n’importe quoi, c’est super dangereux, etc. », on prend le temps d’en parler et le point de vue évolue, le concept fini souvent par être compris et apprécié. Je pense quand-même que peu de personnes franchirait le pas, la plupart trouvent ce système « trop libre ».

Mais après j’ai le sentiment que notre jeunesse est plus active, qu’elle est prête à se porter sur des projets très différents, qu’elle a moins peur que les générations précédentes de s’écarter du cursus classique, d’arrêter les études, de réaliser ce qui lui plaît vraiment quand elle en a besoin (voyager, créer, apprendre)…

 


ITW-Sabrina

SABRINA

  • Comment est-ce que tu es arrivée dans EUDEC France ?

Par l’École Démocratique de Paris (EDP) ! Je suis allée à des Portes Ouvertes et on m’a invité à me rendre à la Conférence de Paris. Je ne pouvais pas cet été-là, mais j’ai vu qu’il y avait un événement EUDEC France à Damville en décembre 2017, et j’y suis allée. J’ai un peu mieux compris en quoi consistait ce réseau, ça m’a plu, et aujourd’hui je poursuis dans ma découverte.

  • Mais comment est-ce que t’es arrivée à l’École Démocratique de Paris ? comment tu as découvert l’éducation démocratique ?

J’ai eu de grands questionnements sur mon parcours scolaire. Je rêvais d’une école où j’aurais pu faire ce que je voulais et quand je voulais. Je rêvais aussi d’un autre rapport prof-élève, parce que je me sentais super infantilisée et pas respectée, – en tout cas jamais autant que je respectais les profs.

C’est le TEDx de Ramïn qui m’a amenée vers l’éducation démocratique, et c’est de là que j’ai entendu parler des Portes Ouvertes à l’École Démocratique de Paris.

  • Tu as un parcours scolaire assez particulier n’est-ce pas ? Je crois que tu as choisi de ne pas passer ton bac ?

Oui, je me suis tourné vers l’éducation alternative parce que ça ne se passait déjà plus bien pour moi à l’école. J’avais ce questionnement sur ce qui ne convenait pas dans le système, et je cherchais une école sans toutes les choses qui ne me correspondaient pas.

J’ai découvert en l’éducation démocratique une évidence et une solution. J’aurais vraiment rêvé d’y avoir accès plus jeune.

J’ai fait des choix radicaux par rapport à mon éducation, parce que je ne supportais plus du tout d’être dans le système que je connaissais, je n’avais plus envie de contribuer à tout ça. J’ai eu envie de défier le principe de « on peut rien faire sans bac », et de prouver que c’est vraiment possible d’étudier et de faire ce qu’on a vraiment envie de faire sans le bac.

Et finalement j’ai l’impression d’être en réussite ! Je dois dire que ça m’a fait du bien de savoir que l’éducation démocratique existait et que ça fonctionnait déjà, et que finalement je n’étais pas dans ma lubie, dans un truc complètement impossible.

  • Tu as même porté un projet de création d’école démocratique ? Comment c’était de se lancer si jeune ?

Avant de connaître l’éducation démocratique, je parlais déjà sans cesse à ma mère de mon école utopique. Elle a fini par me répondre « arrête de rêver, créé-la ! sinon elle ne va jamais exister ».

Et effectivement, l’année dernière j’ai porté un projet d’école démocratique mais ça n’a pas abouti. C’était dans le cadre d’un Diplôme Universitaire (DU) « création d’entreprise » (à Paris-Est Marne-la-Vallée), et l’idée du projet  ne passait pas vraiment. Beaucoup de professeurs dans le jury (compta, gestion, marketing) n’adhéraient pas du tout, avec des réactions comme « il faudrait quand-même qu’il y ai des cours, hein ». Le projet était cassé, on jugeait que je n’avais pas assez de diplômes, que j’étais donc incapable de gérer une école, d’enseigner, qu’il n’était pas possible de me confier des enfants, etc, etc…

Heureusement, j’avais quelques profs, en comm’ et en sociologie notamment, qui étaient plus soutenants… Et je me considérais assez « grande » et légitime pour créer une école ! A 18 ans, je travaillais déjà comme animatrice en maternelle et on me confiait des enfants sans problème. Je pense vraiment que l’éducation n’a pas à être pensée et gérée que par des adultes, mais aussi par les enfants et les jeunes qui se sentent directement concernés par ça.

  • Comment est-ce que l’éducation démocratique est perçue dans ton entourage, voire dans notre génération spécifiquement ?

Dans les gens de notre génération, la première réaction sera de dire que c’est une bonne idée, mais qu’ils ne le feraient pas pour eux. Les études sont toujours considérées comme importantes, il faut absolument passer par le système et arriver à bac +5. On me dit aussi que dans une école démocratique, on n’est pas en contact avec la réalité.

En dehors de notre génération, ils ne font souvent même pas semblant de penser que mes convictions sont intéressantes et que je fais les bons choix. Aujourd’hui, ma sœur est scolarisée à l’EDP, et elle est parfois mal jugée dans mon entourage, sous prétexte par exemple qu’elle est « tout le temps en vacances », et elle est vivement critiquée sur l’apprentissage.

 


ITW-Alexandra

ALEXANDRA

  • Comment est-ce que tu en es arrivé à l’éducation démocratique et comment est-ce que tu as découvert EUDEC France ?

J’ai commencé mes études par de la psychologie à Toulouse. Je me questionnais beaucoup sur le mal-être des gens, sur comment est-ce qu’on en arrive à être malheureux. Je me suis rendu compte qu’en psychologie, on agissait le plus souvent au moment où le malêtre existe déjà. Alors j’ai envisagé de me porter vers l’éducation, mais l’école me paraissait être elle-même créatrice de malêtre.

Je me suis donc consacrée un peu aux alternatives scolaires (Montessori, Steiner), je me suis engagée dans l’associatif (AFEV).

J’ai décidé de partir vivre en Argentine où j’ai fait des immersions dans des école alternatives, dont une école démocratique (Tierra Fertil). De là j’ai cherché un projet pour revenir en France et m’y investir, et j’ai intégré l’école Dé-Couverte qui ouvrait à Lyon et qui était la seule à proposer une rémunération et j’y travaille toujours aujourd’hui. C’est à partir de là que je me suis mise en lien avec EUDEC France, et j’ai été organisatrice pour la conférence EUDEC France de Tours organisée en mars 2018.

  • Et comment ça se passe l’intégration dans ce week-end Pôle en Action ?

Je suis venue en participante, un peu pour voir puisque je n’avais pas encore de rôle précis dans l’asso. Mais je crois que je ne peux pas débarquer quelque part sans prendre des responsabilités ! J’ai l’impression que mon investissement dans le réseau est complètement logique, car je suis impliquée dans une école démocratique et contribuer à EUDEC France c’est un peu le prolongement de ce qu’on fait sur le terrain.

  • Tu es en Master 1 de sciences de l’éducation avec Maëlys, n’est-ce pas ? Comment ça se passe de porter l’idéal de l’éducation démocratique dans ce milieu universitaire ?

J’ai choisi de suivre la spécialisation « direction des organisations éducatives », qui abouti entre autres au concours de chef d’établissement, de CPE, ou bien vers la coordination de projet éducatif, etc. J’aime bien apprendre de tous les milieux, et il y a des aspects de l’éducation étatique qui sont intéressants !

Ce que je défends en cours c’est surtout le bien-être et le point de vue de l’enfant, plus que l’éducation démocratique à proprement parler, parce que c’est surtout ça qui est oublié. On se concentre parfois sur l’éthique de l’adulte, mais on oublie complètement de se mettre à la place de l’enfant, qui est souvent dénigré.

Je vais aussi travailler sur la participation des enfants aux processus décisionnels, en rapport avec le climat scolaire, la violence, etc.

  • Tu as quels retours de la part des jeunes autour de toi quand tu parles d’éducation démocratique ? Est-ce que notre génération est prête pour ça ?

Autour de moi, j’ai beaucoup de monde qui est déjà engagé dans l’alternatif, et qui soutiennent donc naturellement pour l’aspect démocratique. Par contre, pour la pédagogie ils tiquent un peu plus, entre autres sur le « lâcher-prise » par rapport à l’apprentissage. Donc globalement, le retour est positif mais il est rare que l’éducation démocratique soit vraiment soutenue dans sa totalité et dans sa dimension un peu extrême.

En tout cas, en parler pose beaucoup de questions, et ça éveille souvent les personnes des sujets qu’ils n’avaient pas encore vraiment pensés. On voit que c’est encore très nouveau et que ça réveille la curiosité.

 


ITW-P-a

PIERRE-ANDRÉ

  • Comment as tu découvert les écoles démocratiques? Puis EUDEC France ? 

C’est lorsque j’étais en terminale que j’ai commencé à réfléchir à la problématique de l’éducation, j’étais assez déçu par les cours. J’ai lu les « Libres enfants de Summerhill » et ça a clairement éveillé ma conscience sur les questions éducatives. J’ai trouvé le groupe Facebook d’EUDEC France et j’ai eu envie de découvrir les projets d’écoles démocratiques de la région parisienne. J’avais 17 ans, je commençais mes études et aucune école n’était encore ouverte. Quand je me rapprochais des équipes, je ne me sentais pas légitime pour proposer ma contribution, donc je suis juste « passé » dans des réunions publiques de projets, notamment à la Sudbury School Paris où j’ai eu de très bons échanges avec l’équipe.

Pendant ce temps j’étudiais et ça ne me plaisait jamais vraiment. J’ai fait un an dans le Cycle Pluridisciplinaire de PSL (Paris Sciences & Lettres), puis un an de Géographie, et j’ai enfin assumé mon intérêt pour l’éducation en me lançant en licence de Sciences de l’Éducation à Paris 8, où j’espérais beaucoup de sa réputation de « fac de gauche critique ». Finalement, j’ai découvert des cours qui portaient peu sur des grandes questions éducatives : c’était plutôt les « sciences de l’école classique » !

A la fin de mon premier semestre je suis tombé sur une offre de service civique lancée par l’école démocratique d’Avignon, et c’était vraiment le moment pour moi ! Je me suis lancé, et à partir du moment où j’y ai travaillé, j’ai commencé à m’investir dans EUDEC France. Je me suis inscris comme bénévole pour la conférence européenne de Paris, ce qui m’a permis de rencontrer plein de monde et surtout de m’investir pour la suite, notamment en organisant la première Rencontre de travail du réseau à Avignon l’an dernier. Puis de fil en aiguille, je me suis retrouvé élu au rôle Coordination du Pôle Visibiltié en mars à Tours.

  • Comment as tu vécu ton expérience de terrain en école démocratique ? Répond à tes espérance?

Je peux déjà dire qu’en arrivant je me suis senti vraiment bien accueilli dans l’équipe, et j’étais super content de changer de cadre de vie pour la Provence. Je n’ai finalement ressenti aucun problème de légitimité lié à ma mon manque d’expérience… Au contraire, j’ai eu l’impression d’avoir réalisé beaucoup de chose, et d’avoir dépassé la posture de service civique pour faire quasiment partie des membres porteurs du projet.

Par rapport à la vie dans l’école, je crois que je fantasmais à la base un peu plus d’émulation intellectuelle. Je crois que finalement la posture professorale où « fais une leçon à quelqu’un » n’est pas si naturelle, et que l’apprentissage existe vraiment dans une école démocratique, mais plutôt en dehors des cadres classiques, et en suivant des rythmes plus naturels. En tant que membre staff, tu vois et tu suis l’apprentissage de chacun, et tu comprends qu’il faut vraiment s’intégrer au rythme de vie de l’école pour voir l’apprentissage. Je comprends que des personnes qui découvriraient une école démocratique pour le temps d’une journée soient désarçonnées.

  • Comment vois tu ton futur dans EUDEC France ? 

Je sais pas, ça dépend beaucoup de ce qui va se passer pour l’asso pendant ce week-end à Chambéry et de la dynamique concrète qui va émerger. Si on se dirige vers plus d’action concrète, mon rôle de coordination du Pôle Visibilité prendra plus de sens et ce sera plus simple de trouver des gens motivés pour des actions définies. On a mis beaucoup d’énergie dans la structure et la gouvernance ces derniers mois, et moins dans l’opérationnel mais j’aimerais qu’on inverse ça.

Mais je crois que j’ai aussi besoin de vacances ! Depuis janvier 2017 où j’ai rejoint la Montagnette, je suis toujours intégré à une association ou à un projet d’école, puisque j’ai aussi passé un peu de temps à la Sudbury School Paris puis dans le projet de La Fabrique Démocratique à Boulogne en 2018. Et tout ça prend beaucoup d’énergie, tu n’arrêtes jamais vraiment de penser à tes projets en fait. Peut-être que j’aimerais me détacher un peu.

  • Quel est ton projet actuel ?

Je ne sais pas vraiment ! Après ce week-end j’aurai encore plein de choses à faire pour EUDEC France, mais je vais aussi me reposer. Je vais trouver un boulot et penser à mes prochains voyages. Je vais prendre du temps pour réfléchir aussi, parce que j’ai peu de visibilité sur ma vie future et en ce moment c’est un peu angoissant. J’ai besoin de travailler sur moi et de lâcher prise !

  • Quelle est ta vision de l’éducation dans une société idéale ? 

Là je viens de voir le film « Même qu’on naît imbattable », qui montre comment, en Suède, tout un pays a complètement intégré le fait que les violences éducatives ordinaires ne pouvaient pas être considérées comme ordinaires. C’est très intéressant.

Je rêve moi-même d’un changement culturel qui aille vers un respect réel de la dignité humaine, une acceptation totale de la liberté de chacun de faire ses propres choix et son propre chemin de vie, depuis l’enfance. Je vois ça dans une dynamique un peu « illichiene » (voir « Une Société sans École » ou « la Convivialité » d’Ivan Illich). L’idée c’est d’aller vers une reprise en main collective du sens de nos vies.

Je ne peux pas imaginer que la vision de l’éducation démocratiques portée par nos écoles restent perpétuellement cantonnée à nos petites structures scolaires et à notre réseau. Il faut que l’enfance, l’éducation, les droits et la liberté fondamentale de l’individu deviennent un enjeu politique, et qu’on n’en reste pas à exister comme une gentille alternative. Il y a, derrière les idéaux que nous portons, un projet de société révolutionnaire que je crois sincèrement bénéfique pour le respect de l’individu et de la démocratie !

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2 réflexions sur « Portraits – Quand la jeunesse a investi EUDEC France »

  1. Merci pour ces articles!
    Que de personnalités différentes!
    Savoir que chacun s’investit dans son rythme, avec ses compétences… et pouvoir se dire que, si on se détache un moment d’EUDEC, il y a toujours quelqu’un pour prendre le relai! Ca me fait travailler sur ma confiance en tant que membre adhérent EUDEC, avec la ressource assurée en moi, qu’à un moment, s’il y a besoin urgent ou fondamental, besoin d’unité active, je serai là!
    Merci à vous tous à Chambéry!

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