IDEC 2018 à Bengalore – « Le dynamisme créatif de l’Asie est une source d’inspiration »

Namasté ! La 25e Conférence internationale sur l’éducation démocratique (IDEC) vient de se dérouler à Bengalore, sur le plateau du Deccan au centre-sud de l’Inde, du 15 au 21 novembre 2018. Et voilà comment tout cela s’est déroulé, du moins à travers mes perspectives très fragmentaires et subjectives 😉

Cet IDEC 2018 (International Democratic Education Conference) était en même temps la 3ème conférence A.P.DEC (prononcer « eï-pi-dec » pour Asian Pacific Democratic Education Community) et l’inauguration de l’InDEC (Indian Democratic Education Community).

L’Inde sent en effet qu’il est nécessaire de créer une conférence nationale régulière, considérant que le pays est une sorte de continent comptant 1,4 milliard d’habitants, soit le double de celui de l’Europe élargie, et davantage d’individus que l’Afrique toute entière…


« UNE ATMOSPHÈRE RESPECTUEUSE, DÉTENDUE ET VIVANTE »

À 1 000 mètres d’altitude, la région de Bengalore est réputée pour son climat tempéré, rendant les températures généralement agréables pour tous. La conférence se déroule dans un vaste campus ponctué de salles de conférences, de pelouses, d’arbres majestueux, de sous-bois et de bosquets de fleurs.

L’accueil est chaleureux, souriant et attentionné. Le thème ou la devise était : Shanti (paix) dans la diversité. Il y avait en effet une foule bigarrée, incluant des musulmans Pakistanais et même quelques moines bouddhistes. L’événement est également caractérisé par une forte présence de la jeunesse, ce qui donne une poussée d’énergie et de vivacité. A côté des conférences plutôt formelles, la musique et la danse sont omniprésentes, ce qui donne parfois une touche glamour «Bollywood» à tout l’événement !

L’organisation générale est relativement fluide, avec une large équipe en place. Amukta, la souriante coordinatrice principale, semble avoir réussi à rendre investis le personnel et les bénévoles. Jusqu’à la fin, une certaine confusion émane du mélange des agendas et des panneaux d’affichage, du système de coupons alimentaires (au lieu du système simple de bracelets mis en place en Grèce), et d’une connexion Wi-Fi très irrégulière ; mais l’Inde est particulièrement experte en matière d’organisation du chaos. Ce qui crée davantage de responsabilité collective ; et la gentillesse et le soin de l’équipe d’organisation ont su aplanir les irrégularités majeures.

En règle générale, l’événement est imprégné de l’atmosphère affectueuse, respectueuse, détendue et vivante que vous pouvez attendre d’un événement d’éducation démocratique, avec ce zeste de fraîcheur et d’exubérance magique qui caractérise l’Inde.

Et pour autant que ça compte, un soin particulier a été apporté à la nourriture qui tente de satisfaire tous les palais et d’offrir une certaine diversité ! Mil comme alternative au riz quotidien, par exemple, plats végétariens et non végétariens, épicés et … hem! … moins épicés… Certaines personnes auraient aimé une nourriture plus occidentale, mais généralement la qualité et le service ont été jugés élevés.


QUATRE-CENT PARTICIPANTS DE VINGT-CINQ PAYS !

Il y avait environ 400 ressortissants et organisations de 25 pays différents, l’Inde représentant plus des deux tiers de la confrérie, le reste étant divisé entre des pays de la région Asie-Pacifique pour la plupart, le Japon en tête de file, avec le Népal, Taïwan et la Corée ainsi que la Thaïlande, l’Indonésie, l’Australie, et quelques Américains. Hong-Kong (Chine) n’a apparemment pas pu y assister en raison du refus de leurs visas.

Nous étions peu d’Européens : les deux principales communautés européennes étant les Allemands et les Ukrainiens. J’étais le seul représentant pour la France et la Grèce.
Israël a comme toujours eu une influence importante en la personne de Yaacov Hecht. Aucun représentant d’Afrique ni de la péninsule arabique n’était présent.

Yaacov Hecht, à gauche de l’image, a créé Hadera School en Israël et impulsé le premier IDEC en 1993

LA DYNAMIQUE EN ASIE-PACIFIQUE & EN INDE

L’Asie-Pacifique est très dynamique dans le domaine de l’éducation moderne, avec plus de 200 écoles démocratiques au seul Japon, dans un mouvement valorisé par le gouvernement. Taïwan et la Corée (qui compterait parmi les écoles les plus libres du monde) occupent également une place de premier plan.

Quant à l’Inde, «la plus grande démocratie du monde», elle redevient un acteur majeur dans le domaine de l’innovation en apprentissage. Au pays de Gandhi, Sri Aurobindo, Bouddha et d’autres innovateurs de renommée mondiale dans le domaine de l’éducation, les expériences sont menées tous azimuts.
L’éducation démocratique est un mouvement relativement nouveau ici mais a des racines profondes et suscite beaucoup d’intérêt et de curiosité. Les gens m’ont paru avides de savoir, actifs, curieux.

Pour le moment la plupart des conférences majeures étaient toujours menées par des étrangers ou à propos de concepts étrangers, mais l’Inde semble en pleine courbe d’apprentissage (très rapide).
La situation démographique particulière du pays, sa longue histoire dans tout type d’enseignement (guru signifie enseignant, souvent au sens de mentor ou de facilitateur) et sa créativité éternelle donnent naissance à des solutions innovantes, notamment dans les domaines de l’apprentissage communautaire, de l’Éducation solidaire dans les bidonvilles, d’écoles coopératives rurales et d’Education dans la nature. A noter que l’école à la maison est légale et assez laxe.

Des exemples pertinents de cette diversité peuvent être trouvés dans la Multiversity Alliance (http://www.multiversities.net/) par exemple ou la Marudam Farm School à Tiruwannamalaï (http://www.marudamfarmschool.org/), sans parler des différentes expériences menées à Auroville et de nombreux autres exemples éclatants du dynamisme indien pour réinventer l’apprentissage au XXIe siècle.

Fait intéressant, l’État indien possède un Parlement des Enfants officiel : nous avons rencontré le «Premier ministre», conseiller de tous les principaux ministres de l’État. La structure de ce Parlement des Enfants imite la structure pyramidale des démocraties représentatives, mais son fonctionnement interne est sociocratique.


ET LES PROCHAINES RENCONTRES IDEC ? (2019, 2020, 2021)

L’équipe ukrainienne, qui organisera l’IDEC/EUDEC 2019, semble avoir surmonté ses principales divisions et abouti à un accord. Durant la conférence, j’ai pu voir l’équipe de Stork School et l’équipe de Kiev danser ensemble, jouer, chanter et s’embrasser. (Il est vrai qu’apparemment, seuls les éléments les plus modérés des équipes ont assisté à la conférence.)
Si vous n’avez pas suivi le feuilleton ukrainien, il vous suffit de savoir qu’il s’agit d’une question d’attribution de la responsabilité de l’organisation de la conférence : la province et la capitale affrontant leurs points de vue sur la légitimité, intérieure et extérieure. Une solution a été trouvée grâce à un modérateur reconnu par les deux partis (vive les cercles de modération !).
Ainsi, nous avons bon espoir de Shanti en Ukraine l’année prochaine ! et d’une belle conférence originale ! En bref, l’essentiel de l’événement IDEC 2019 aura lieu à Vinnytsia, avec un préambule optionnel de 2 jours à Kiev. (30 juin-6 juillet 2019)

Le Népal organisera l’IDEC 2020 (probablement octobre 2020) avec un programme alléchant sur le Toit du Monde et l’ambition d’attirer plus de 1000 participants. Une partie de l’événement se déroulerait dans la région de Katmandou, avec une dernière étape plus haut dans l’Himalaya.

Le Canada, le Brésil ou les États-Unis (école de Portland Village) se sont positionnés en lice pour 2021.


EUDEC, IDEC, … UNE BULLE FERMÉE QUELQUE SOIT L’ÉCHELLE ?

La communauté IDEC semble fixée à 400-500 participants, relativement en «circuit fermé» par rapport au « monde extérieur » – qui reste remarquablement ignorant de nos activités. Après 25 ans, notre visibilité reste quasi nulle, et je m’interroge pour savoir s’il y a beaucoup de changement dans les visages d’IDEC et même dans nos pratiques…
Je me pose la question de savoir comment sortir de cette «bulle» confortable mais peu influente (nous prêchons surtout des convaincus) – sentiment que j’ai aussi ressenti au sein de la merveilleuse conférence EUDEC en Grèce (août 2018).

Comme en Crète, les habitants de Bengalore n’avaient aucune idée d’une conférence internationale à laquelle participent pourtant 25 pays – sans parler du reste de l’Inde et du monde, qui continue d’en ignorer le premier mot… Encore une fois, aucun journaliste indépendant n’était présent pour donner une visibilité globale de nos actions au large monde. Se pourrait-il que nous soyons prisonniers d’une routine ou frileux d’un « coming out »?

Inversement, après tant d’IDECs et d’EUDEC, paradoxalement il n’existe apparemment pas d’outils d’ « organisation interne » bien rodés (alors même que le système mis en place en Grèce, a mon sens, a été d’une belle efficacité). Certes cela laisse le champ à IDEC de se réinventer à chaque fois – mais cela montre-t-il que la communauté réfléchit et apprend de ses propres pratiques, d’un IDEC à l’autre ?

Enfin, l’Afrique et le monde arabe ne sont toujours pas présents sur la carte ! J’ai suggéré que l’Égypte pourrait peut-être organiser une conférence internationale à l’avenir, en soutenant Nariman Moustafa au Caire.


POUR CONCLURE !

Voilà un événement sans aucun doute réussi, avec de bons retours de satisfaction. Le cadre était agréable et opportun. Il y avait un bon équilibre entre le discours et les expériences pratiques. La masse de la jeunesse présente est certainement un succès majeur. La jeunesse d’Asie pousse vraiment au portillon.

D’une manière générale, ce séjour en Inde, par delà la conférence somme toute modeste, me convainc que le dynamisme et le bouillonnement créatif de l’Asie est une source d’inspiration inextinguible et incontournable, et qu’il est nécessaire et beau de continuer de rapprocher le monde.

Lonaïs est à droite 🙂

En espérant simplement que ce petit reportage puisse contribuer à une appréhension globale de l’ensemble de l’événement et de la situation de la communauté mondiale de l’éducation démocratique

Om shanti om 🙂


par Lonaïs Jaillais, lien EUDEC France – International

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